Depuis quand les buteurs s’embrassent-ils ?

Les footballeurs ont l’habitude de s’embrasser quand ils marquent un but. Au 21e siècle encore, des commentaires agacés leur reprochent encore ces étreintes parfois outrancières qui retardent la reprise du jeu. A-t-il existé un bon vieux temps où les buteurs heureux ne se donnaient qu’une vigoureuse poignée de main à chaque but marqué? Si oui, c’est un temps vraiment très ancien.

Les manifestations expressives de joie ne datent pas d’hier. Pour preuve cet article du journaliste Maurice Pefferkorn, dans le journal « L’Auto » du 20 janvier 1938:

EMBRASSADES

 » C’est un usage très répandu qui veut que, lorsqu’une équipe vient de marquer un but, les joueurs se précipitent vers l’auteur de cet heureux événement et lui donnent une joyeuse accolade accompagnée de quelques sauts et cabrioles.

C’est nature, assurément. Mais la manifestation est aussi un peu grotesque. Maintes fois l’on a signalé ce qu’il y a de puéril et de ridicule dans des manifestations de ce genre. L’embrassade est d’origine sud-américaine. Dans ces contrées ardentes, la réussite d’un but déclenche un enthousiasme qui se traduit en gestes souvent excessifs. Il arrive que des joueurs se roulent par terre, que les remplaçants se précipitent de la touche vers l’auteur et même, le cas échéant, que des supporters ne puissent refréner leur fougueuse sympathie. D’ailleurs, l’incident du match Pérou-Autriche aux Jeux Olympiques de Berlin n’eut pas d’autre cause que l’élan spontané de quelques spectateurs vers leurs compatriotes qui venaient de marquer un but. Et l’on sait quelles furent les conséquences de cette course instinctive sur les relations entre l’Amérique du Sud et la FIFA, car elle fut interprétée comme un envahissement de terrain.

La joie des joueurs qui marquent un but n’a de comparable que le désespoir d’une arrière qui vient de marquer contre son propre camp. S’arracher les cheveux, demeurer étendu sur le sol, les bras en croix, dans une attitude tragique qui n’arrive cependant pas à être poignante, pleurer à chaudes larmes, voilà qui dépasse les limites d’un désespoir convenable.

Le football exige plus de simplicité et de modestie. Les pros britanniques, lorsqu’ils ont marqué un but, se serrent la main en venant reprendre leur place au milieu du terrain, comme de bons camarades qui viennent d’accomplir ensemble une besogne difficile, qui sont bien contents d’avoir réussi et qui s’expriment leur satisfaction réciproque sans exubérance, maix cordialement.

Nos joueurs feraient bien de les imiter. Un but, ce n’est tout de même pas… le Pérou, si j’ose dire. » Maurice PEFFERKORN

La pratique est donc assez courante avant la Guerre pour que la presse s’en émeuve.

Il a été difficile de trouver une de ces scènes de congratulations photographiées, avant les années 1950. Celle que voici date de la Coupe latine, au Parc des Princes, en 1955 (j’ai reconnu le 2 Zimny, le 10 Bliard, le 9 Kopa, le 7 Hidalgo).

Cette rareté documentaire est davantage dûe au matériel photographique utilisé à l’époque qu’au caractère exceptionnel de ces manifestations de joie. C’est ce que  m’ont expliqué les spécialistes du service photo de « L’Equipe ».

Jusqu’à l’apparition du 6 x 6, les reporters utilisaient des appareils ayant comme support des plaques de verre (généralement 12 pour tout un match) qu’ils devaient changer à chaque prise. Ils devaient donc sélectionner avec soin les photos à prendre. S’ils avaient shooté une action de but, ils n’avaient pas le temps de réarmer pour photographier la scène de joie qui suivait.

Didier Braun

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