1960: Le Barça donne au Real « la mort dont il rêvait »

Il y a un demi-siècle, on ne parle pas encore de « clasico » à propos des matches de football entre Barcelone et le Real Madrid. Moment historique, le 23 novembre 1960: le Real Madrid est éliminé pour la première fois de la Coupe d’Europe des clubs champions qu’il avait remportée cinq fois depuis la première finale, en 1956.  Il est victime du F.C.Barcelone. Comme par hasard.

  • C’est la deuxième fois que le Real et le Barça s’affrontent en Coupe des champions. La saison précédente, en demi-finales, le Real a remporté les deux rencontres, 3-2 à Madrid, 3-1 à Barcelone.
  • Depuis la première Coupe d’Europe, en 1955-1956, le Real a franchi 20 tours sur 20, finales comprises.

A Madrid, le Real restait sur 16 victoires en Coupe d’Europe !

  • Au match aller, à Madrid, les deux équipes ont fait match nul 2-2. Buts pour le Real: Mateos (2e) et Gento (32e); pour Barcelone: Suarez (27e et 87e sur penalty). C’est la première fois que le Real ne gagne pas à domicile en Coupe d’Europe. Depuis 1955, il restait sur 16 victoires à Chamartin (le futur stade Santiago-Bernabeu). C’est aussi la première fois que le Real ne bat pas le Barça à Madrid depuis qu’existe la Coupe d’Europe.
  • Deux extraits du récit de l’envoyé spécial de « L’Equipe » et de « France-Football », Jacques Ferran, résument les deux aspects du match aller (« France-Football » du 15 novembre).  D’abord un grand match: « Ce fut un paradoxe de voir Un Real diminué par la méforme de Di Stefano et Puskas et un Barcelone inférieur à l’équipe irrésistible de la saison dernière jouer ensemble un football presque irréel à force de perfection. » Puis, dans la dernière demi-heure, une succession d’incidents: « Si l’on avait continué de jouer rien qu’au football sur le terrain madrilène, le Real l’eût emporté assez nettement. Mais de football, il en fut beaucoup moins question dans la dernière demi-heure. Au jeu succéda l’antijeu, à la sérénité l’énervement, au souci de construire le désir de se venger. »
  • Ce n’est que le matin du second match que les médecins du Barça autorisent le meneur de jeu de l’équipe, Laszlo Kubala, blessé, à jouer. La fiche technique présentée dans « L’Equipe » du matin montre les incertitudes concernant l’équipe du Barça.  Curieusement, le stade est appelé « Miro Sans », du nom du président du Barça. Notons aussi la numérotation classique des joueurs, de 1 à 11. Kubala, ailier droit nominal, est en fait un « numéro 10 » jouant en retrait des attaquants de pointe.

Dans « L’Equipe » apparaît le mot « classique »

  • A la lecture du quotidien catalan, « El Mundo Deportivo », le terme de « clasico » n’apparaît jamais. Dans un papier d’ambiance de « L’Equipe », sous la signature de Robert Vergne, on lit cependant: « Tout un peuple, disions-nous, mais aussi d’autres peuples, se passionnent pour le plus grand classique actuel du football européen. »
  • Autre phrase, prémonitoire, qui pourrait être écrite au siècle suivant: « Décidément, le Real et Barcelone ne sont plus espagnols ! Ou plus exactement, devrait-on dire, ils n’appartiennent plus exclusivement à l’Espagne, mais à l’Europe entière, celle du football. » Pourtant, en 1960, les matches télévisés sont rares. A l’heure du match, la chaîne unique de la télévision française propose l’émission de variétés « Music-hall » (20 h.30), puis l’émission littéraire de Pierre Dumayet, « Lectures pour tous » (21 h.30).
  • Barcelone l’emporte 2-1 à l’issue d’une rencontre pendant laquelle l’arbitre anglais, M.Leafe, prend plusieurs décisions que contesteront les Madrilènes (voir la description du match).  
  • La une du journal catalan « El Mundo Deportivo » célèbre le lendemain l’exploit du Barça.

    "Barcelone, brillant vainqueur de Madrid"

  • Une jolie phrase, de Raimundo Saporta, le dirigeant du Real: « Le Barça a donné au Real la mort dont il rêvait. »
  • Le journal de Madrid, « Marca », rend les honneurs au Real.

    La une de Marca

  • Le match de championnat du Real qui suit l’élimination en Coupe d’Europe se déroule au stade Bernabeu. Le Real écrase Oviedo 7-0. Le correspondant de « France-Football » décrit une ambiance extraordinaire pour ce match:

    Un accueil triomphal à Madrid !

 

Barcelone sauvé d’une crise financière

  • A Barcelone, la qualification va permettre au club de résoudre en partie une grave crise financière. « France-Football » (29 novembre) souligne « l’évanouissement d’une menace terrible pour le club et l’espoir de se tirer d’une impasse financière où la construction du grand stade a placé le grand club catalan. » L’administrateur général du Barça, M.Gich, a déclaré à « L’Equipe »: « on peut chiffrer notre plus-value depuis l’exploit d’hier à 30 pour cent. »
  • Dans « L’Equipe » du surlendemain du match de Barcelone, Jacques Ferran écrit: « Les clubs espagnols sont-ils favorables au projet de Championnat d’Europe dont il est de plus en plus question en France et en Angleterre ? Barcelone n’y croit guère, estimant que les petits clubs espagnols ne consentiront jamais à se priver des recettes que leur assure la visite des deux ou trois grands. Quant au Real, il est moins affirmatif. Il demande à voir, à étudier. »
  • En 1960 déjà, l’idée de réunir les grands d’Europe dans un championnat dontinental a germé. Déjà apparaissent les divergences des intérêts des « grands » et des « petits » clubs, et la possible concurrence opposant compétitions internationales et championnats nationaux.

Didier Braun

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