Archives de Catégorie: Les clubs

Red Star: de Grenelle à Saint-Ouen

Contrairement à l’idée reçue, il n’existe aucun lien entre le nom du « Red Star » (Etoile rouge), le célèbre club de football de la banlieue nord qui rencontre l’OM en Coupe de France ce 7 janvier 2012, et son implantation à Saint-Ouen, au coeur de la banlieue ouvrière de Paris, une municipalité dirigée par les partis de gauche depuis longtemps, Jean Pernin, maire en 1887-1888 puis en 1889-1891, étant considéré comme le premier maire socialiste de France. Pour une raison toute simple: le Red Star s’est appelé ainsi bien avant de s’intaller à Saint-Ouen.

  • Au pied de la tour Eiffel

Le Red Star est fondé le 21 février 1897 par un jeune homme nourrissant quelques ambitions politiques (le Sillon de Marc Sangnier, mouvement démocrate chrétien), Jules Rimet et par plusieurs de ses amis, dans un quartier du centre de Paris, le Gros-Caillou, près de Grenelle et de la tour Eiffel. Au moment de trouver un nom au club, l’expression « Red Star » est lancée et adoptée. La mode, parmi les sportifs de l’époque, est à l’anglais. Les clubs réputés de Paris s’appellent White Rovers, Standard, Racing, Athletic. Mais bien que l’emblème soit l’étoile rouge, les couleurs du club sont le bleu marine et le blanc.

Le premier siège du club se situe dans le même quartier, sur la rive gauche de la Seine, au 40 de la rue Fabert. Les matches se déroulent au bord du Champ de Mars, mais les premières activités sportives du club se situent surtout dans les domaines de l’athlétisme et du cyclisme (en 1898, le Red Star fusionne avec l’Union pédestre de la rive gauche).

  • Meudon, puis la rue Nélaton

La transformation du quartier (Paris prépare l’Exposition universelle pour 1900) et la pression immobilière obligent le Red Star à s’expatrier. De 1898 à 1902, le club trouve refuge à Meudon, dans la banlieue sud-ouest.

En 1907, le Red Star fusionne avec l’Amical Football Club, et devient le Red Star Amical club, qui gardera ce nom jusqu’en 1926, date de la fusion avec l’Olympqie. Le club revient dans Paris. Il loue un terrain situé près de la Seine, à la station de métro Grenelle (aujourd’hui Bir-Hakeim), rue Nélaton.

En 1909, est décidée la construction du Vélodrome d’hiver à l’emplacement du stade nouvellement aménagé. Le Vél’ d’Hiv’ est inauguré le 30 octobre 1910. Le Red Star n’a plus de stade.

  • 1911, l’exode vers Saint-Ouen

Au début du XXe siècle, la commune de Saint-Ouen achève la transformation qui a fait muter la campagne de jadis en cité industrielle, au-delà des fortifications où sévissaient les chiffonniers qui ont créé le célèbre marché aux Puces. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la ville a décuplé sa population (35 000 habitants en 1900).

Mais il reste encore des friches et des espaces libres, au milieu des usines, des entrepôts et des lignes de chemins de fer.

C’est là, rue de la Chapelle, que les dirigeants du Red Star trouvent leur nouveau terrain, à quelques centaines de mètres du stade de l’autre club audonien, la Jeune Athlétique de Saint-Ouen (la J.A.O.), situé rue du Landy.

Le stade est inauguré le 23 mars 1911, à l’ocasion d’un match international entre la France et l’Angleterre (0-3) auquel participent quatre joueurs du Red Star: Alfred Gindrat, Pol Morel, Eugène Maës et Julien Verbrugge. Le journal « L’Auto » indique les moyens de transport pour se rendre au stade: en métro, station Clignancourt; par la Ceinture (Ornano); en tramway, par les lignes Bastille-Clignancourt, Bastille-Cimetière de Saint-Ouen, Trinité-Enghien.

La première image du nouveau stade, parue dans « L’Auto », est celle-ci:

On aperçoit à l’arrière-plan les immeubles situés de l’autre côté de la rue de la Chapelle. Dès l’été suivant, le stade est aménagé. Une première toiture couvre les places réservées. Les aménagements se poursuivront après la Première Guerre mondiale, alors que le Red Star devient la meilleure équipe française.

Dans le même temps, la ville achève son industrialisation. Dans les années 1930, le stade est enserré au milieu des usines. Saint-Ouen est totalement urbanisée.

Le Red Star est alors devenu le club de la « ceinture rouge » de Paris. Et son « étoile rouge », née dans le quartier de Grenelle, va symboliser le football de la ville ouvrière.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la rue de la Chapelle, où se situe le stade de Paris, sera rebaptisée rue du Docteur-Bauer, du nom d’un médecin, Jean-Claude Bauer, militant communiste et résistant, fusillé par les Allemands au Mont-Valérien le 23 mai 1942.

Didier Braun

SOURCES:

◊ Guillaume Hanoteau, Le Red Star. Mémoires d’un club légendaire, Editions Seghers, 1983.

◊ François de Montvalon, Frédéric Lombard, Joël Simon, Gilles Saillant, Pierre Laporte, Red Star. Histoires d’un siècle, Edition Club du Red Star, 1999.

◊ www.allezredstar.com

◊ http://www.atlas-patrimoine93.fr/

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Montpellier, ce fut d’abord le S.O.M.

En décembre 2011, Montpellier est leader du championnat de France professionnel de football. Le club, Montpellier-Hérault Sport Club, est un club encore jeune: créé en 1974 sous le nom de Montpellier-Paillade Sport Club, il n’a pas 40 ans d’âge. Un autre club de la ville, les Sports Olympiques Montpelliérains, a connu la gloire. 

  • Le 5 mai 1929, le S.O.M. remporte la Coupe de France, en battant le grand voisin, le F.C. Sète (2-0), qui perd ici sa troisième finale. Les buts sont inscrits par deux des trois frères Kramer de l’équipe, Auguste et Edmond Kramer. Les trois frères sont internationaux suisses: 10 sélections pour Edmond (de 1924 à 1932), 5 pour Georges (en 1920 et 1921), 1 pour Auguste (en 1924).
  • Etrange déclaration de Georges Kramer à « L’Auto », après le match: « Moi, je suis vanné. Eh! si je suis vanné, c’est que je viens de jouer tout le match au milieu d’une superbe crise de jaunisse. Tu n’as jamais joué un match, toi, avec une crise de jaunisse ? » Le journaliste (E.G., sans doute pour Emmanuel Gambardella) enchaîne: « J’avoue avoir fait les deux, mais successivement. Georges rit jaune, mais au sens du mot, et s’éloigne, déclarant qu’il va se coucher aussitôt. »

    Le tour d'honneur des Montpelliérains, à Colombes

  • Les onze vainqueurs: André Guillard dans les buts; Maurice Olivet et Roger Rolhion à l’arrière; André Bousquet, René Dedieu et Louis Mistral en demis; Edmond Kramer, le capitaine Jacques Temple, Auguste Kramer, Georges Kramer, Branislav Sekulic à l’attaque. 
  • Le Yougoslave Sekulic disputera en 1930 la première Coupe du monde. Trois joueurs de cette équipe ont été internationaux français: Dedieu (6 sélections de 1924 à 1927), Mistral (5 sélections de 1920 à 1923), Rolhion (4 sélections de 1931 à 1933). Guillard et Bousquet ont été remplaçants en équipe de France.
  • Pour atteindre la finale de 1929, Montpellier a éliminé Annemasse (5-2), le Stade de l’Est (5-2), le F.C.Mulhouse (4-3), Rennes (5-0) et Saint-Raphaël (1-0).
  • Le 3 mai 1931, Montpellier joue une seconde finale de Coupe de France, mais la perd (0-3), face au Club Français. L’équipe est composée de: André Guillard; André et Désiré Boutet; Pierre Hornus, René Dedieu, Yves Dupont; Charles Matte, Charles Cros, Roger Rolhion, Jacques et Pierre Temple. Cette équipe est composée de joueurs du Langeudoc, à l’exception de l’Alsacien Hornus.
  • Le S.O.M. fait partie des vingt premiers clubs professionnels français en 1932. Son meilleur classement est obtenu dès la première saison, en 1932-1933: 4e du groupe B. L’équipe-type: André Guillard – André Boutet, Roger Rolhion – André Bousquet, Alfred Kaucsar, Pierre Hornus – Istvan Zavadsky, Maxime Deschizeaulx, Georges Varga, René Gérard, Ladislas Kalix. Autres joueurs de cette première équipe professionnelle de Montpellier: Ernest Nemeth, Karel Kurdna, Pierre Granier, Adrien Cros, Milan Becic, Georges Swarek. Parmi eux, 5 Hongrois, 2 Tchécoslovaques, 1 Yougoslave. Le nombre de joueurs étrangers n’est pas encore limité.
  • Dans les championnats à un groupe, la meilleure performance du premier club de Montpellier est une 8e place, en 1961-1962. L’équipe type est composée de: Claude Mallet – Serge Aubert, René Mandaron, Barthélemy Mesas – Marc Bourrier, Georges Calmettes – Jean Marcialis, Abderrahmane Mahjoub – Sékou Touré, Max Ferrier, Frédéric N’Doumbé. Autres joueurs utilisés: Jean-Claude Archimbeau, Henri Augé, José Caraballo, Yves Delset, Alain Dessons, Gaspard Ebélé, Robert Fabre, Barthélemy Gomez, Mohamed Khalfi, Frédéric Senglat. Entraîneur: Hervé Mirouze.

VOIR AUSSI

  1. Dictionnaire historique des clubs de football français, édition Pages de Foot, 1999.
  2. Coupe de France, la folle épopée, éditions L’Equipe, 2007.
  3. L’article de Wikipedia su le club de Montpellier

Montpellier, d’un club à l’autre

Le football professionnel a failli disparaître de Montpellier à la fin des années 1960. Repères chronologiques de cette période où le vieux S.O.M. meurt et où naît et se trasnforme le club actuel.

  • 1969: le club de football de Montpellier ( le S.O.M.), 17e du championnat de division 2, n’est pas autorisé à conserver le statut professionnel en raison de sa situation financière. Le club repart en championnat de France amateurs.
  • 1970: Le S.O.M. se transforme en Montpellier-Littoral F.C. Le nouveau club profite de la refondation des compétitions nationales. Un championnat National à trois groupes, ouvert aux clubs professionnels et amateurs est créé. La FFF en profite pour relancer le football dans des villes qui ont disparu du paysage professionnel. Montpellier est de ceux-là.
  • 1974: Montpellier-Littoral termine 15e du groupe Sud de division 3. Le stade Richter n’est plus aux normes. Le club fusionne avec le club du quartier de La Paillade, l’A.S.Paillade. Montpellier La Paillade Sport Club repart en division d’honneur. Le club se rapproche très vite de Louis Nicollin, dont l’équipe de son entreprise, la Formation Sportive de Nettoiement, a atteint la finale de la Coupe de France corporative.
  • 5 novembre 1974: La fusion est effective.
  • 1976: montée en division 3.
  • 1978: montée en division 2.
  • 1981: première montée en division 1.
  • 1987-1988: deuxième montée en division 1. Montpellier termine 3e et sze qualifie pour la Coupe de l’UEFA.
  • 1989: Le M.P.S.C. devient Montpellier-Hérault Sport Club. Le club change de couleurs. Le rouge et le blanc (couleurs de la ville) qui étaient déjà les couleurs du vieux S.O.M. sont abandonnés au profit du bleu et de l’orange.
  • 1990: Montpellier remporte la Coupe de France contre le Racing Paris 1 (2-1, après prolongation). 61 ans après la victoire du S.O.M. 

Le grand Ajax était-il une grande équipe offensive ?

A quarante ans de distance, l’Ajax Amsterdam, vainqueur de trois Coupes d’Europe des champions successives, en 1971, 1972 et 1973, reste comme l’équipe de club qui a révolutionné le jeu de football à cette époque.

On pourrait croire que l’équipe néerlandaise, entraînée par Rinus Michels puis par Stefan Kovacs, a fait l’unanimité. Ce n’est pas tout à fait le cas.

En France, la presse a pour l’essentiel fait l’éloge du jeu de l’Ajax. Un seul exemple avec cet extrait de l’éditorial de l’hedomadaire « France-Football » du 6 juin 1972, quelques jours après la victoire symbolique de l’Ajax sur l’Inter Milan « bétonnant » (2-0), en finale de la Coupe des champions:

« La finale de Rotterdam a mis aux prises l’équipe européenne la plus en avance en matière d’évolution du jeu, Ajax,  et une équipe italienne fidèle du  »catenaccio » le plus strict, l’Inter. Le contraste des deux styles et des deux méthodes fut passionnant à observer. Ajax, parvenu au sommet du football européen, poursuit son rêve d’un  »football total », caractérisé par la participation de chaque joueur à tout le jeu, offensif et défensif, et par la disponibilité de chaque joueur à chaque moment. »

  • Les réserves du « Miroir du football »

Le même jour, paraît le « Miroir du football », journal militant intransigeant du jeu offensif. On pourrait le croire enthousiaste, après la victoire d’Ajax sur cet Inter qui symbolise, aux yeux du journal de François Thébaud, l’anti-football absolu. Cependant son article, titré « Ajax champion d’Europe – une victoire du football, mais… », émet deux réserves sur la volonté offensive de l’équipe néerlandaise:

« la victoire d’Ajax, bien qu’acquise sur le score sans bavure de 2-0, fut moins significative que celle du Celtic sur l’Inter (2-1) en 1967 et que le triomphe du Brésil sur l’Italie de 1970. Le Celtic et le Brésil effectuèrent une lumineuse démonstration du moyen tactique à employer pour démanteler le béton ».

Thébaud démontre la supériorité de l’apport des arrières latéraux du Celtic (Craig, Gemmell) et brésilien (Carlos Alberto), sur celui des défenseurs d’Ajax (Suurbier et Krol).

Pour le journaliste,  « Ajax n’est pas encore une incarnation achevée du jeu offensif. Certes, on a déjà vu cette équipe bien ou très bien jouer offensivement. Mais, sur terrain adverse, elle a fait des concessions assez sérieuses au jeu défensif. » Sous la plume de Thébaud,  cela a valeur de critique sévère.

La saison suivante, Ajax continue sur sa lancée. L’équipe néerlandaise est à son zénith le 7 mars 1973 quand elle  bat le Bayern Munich 4-0. « Royal et intouchable », titre « L’Equipe » du lendemain. Le 31 mai suivant, elle remporte sa troisième Coupe des champions (Ajax-Juventus, 1-0).

  • L’exemple à ne pas suivre ?

C’est dans cette période que François Thébaud écrit un éditorial, dans le « Miroir » du 4 avril, intitulé: « Les limites d’Ajax », dans lequel sont remises en cause les vertus offensives de l’équipe d’Amsterdam:

« Plus offensive que la plupart de ses adversaires, l’équipe d’Ajax n’est cependant pas un exemple d’équipe offensive, car à l’extérieur elle n’hésite jamais à sacrifier délibérément au style défense renforcée-contre-attaque, et même à domicile les replis prématurés de ses défenseurs interdisent la permanence de l’offensive. »

Après un paragraphe très critique à l’égard de Johann Cruyff, considéré d’abord comme un « physique », la conclusion de l’édito est rude:

« Il apparaît que la supériorité indiscutable d’Ajax s’exprime dans un contexte de nivellement général des valeurs par le bas. Et ce n’est pas son deuxième match contre le Bayern qui nous incitera à réviser notre jugement et à proclamer que nous avons assisté à la naissance d’une grande équipe. »

  • « La fin du mythe »

Le 7 novembre 1973, le règne européen d’Ajax prend fin à Sofia. Le triple champion d’Europe est éliminé en 8e de finale par le champion de Bulgarie, le CSKA (1-0 et 0-2). Le « Miroir du foot » du 15 novembre titre: « La fin du mythe Ajax ».

40 ans plus tard, le mythe n’est pas mort. Et ses nostalgiques n’en reviendront sans doute pas que les mérites de « leur » grand Ajax aient pu être appréciés avec autant de parcimonie par un journal qui fut considéré comme la « bible » d’une génération de footballeurs.

Didier Braun

Le triplé d’Ajax en Coupe d’Europe

  • Le 2 juin 1971, Wembley, Ajax Amsterdam bat Panathinaikos, 2-0. Buts: Van Dijk (5e), Kapsis (87e, c.s.c.). Certaines sources accordent ce but à Haan.

L’équipe d’Ajax: Stuy – Neeskens, Vasovic (cap.), Hulshoff, Suurbier – Rijnders (Blankenburg, 46e), G.Mühren – Swart (Haan, 46e), Van Dijk, Cruyff, Keizer. Entraîneur: Rinus Michels.

  • Le 31 mai 1972, Rotterdam, Ajax Amsterdam bat Inter Milan, 2-0. Buts: Cruyff (47e, 78e).

L’équipe d’Ajax: Stuy – Suurbier, Blankenburg, Hulshoff, Krol – Neeskens, Haan, G.Mühren – Swart, Cruyff, Keizer (cap.). Entraîneur: Stefan Kovacs.

  • Le 30 mai 1973, Belgrade, Ajax Amsterdam bat Juventus Turin, 1-0. But: Rep (4e).

L’équipe d’Ajax: Stuy – Suurbier, Blankenburg, Hulshoff, Krol – Neeskens, Haan, G.Mühren – Rep, Cruyff (cap.), Keizer. Entraîneur: Stefan Kovacs.