Archives de Catégorie: Les Euros

Tirage au sort de l’Euro: Sastre crée les critères sportifs

Le tirage au sort de l’Euro 2012 de football se déroule ce vendredi 2 décembre 2011, à Kiev (18 h, heure française). Les critères permettant d’établir les têtes de séries et les « chapeaux » sont maintenant, en priorité, à caratère sportif.

Il n’en a pas toujours été ainsi dans les grandes compétitions internationales. Ce sont les deux premiers championnats d’Europe disputés en tournois, en 1980 et 1984, qui ont fait des critères sportifs les éléments prioritaires pour l’établissement de ces tableaux. Cela sous l’impulsion d’un dirigeant français, Fernand Sastre, alors président de la Fédération française.

De 1960 à 1976, le championnat d’Europe se terminait par un mini-tournoi réunissant dans un seul pays, les quatre demi-finalistes. En 1980, pour la première fois, huit équipes qualifiées lors de la phase qualificative disputent le tournoi final, en Italie. Le tirage au sort se déroule à Rome, le 16 janvier 1980.

Dans la période qui a précédé ce premier Euro, les tirages au sort des Coupes du monde avaient donné lieu à de nombreux tripatouillages auxquels les dirigeants européens ne voulaient pas tous renoncer au moment où était créée la nouvelle compétition européenne. Le tirage du Mundial argentin de 1978 avait été précédé de tractations entre les grands pays, qui avaient duré plusieurs jours.

Placée dans le dernier chapeau, l’équipe de France avait été pénalisée, aux yeux des dirigeants français. Fernand Sastre militait depuis plusieurs années pour que le tirage au sort de la Coupe du monde et de l’Euro soit établi sur la base de critères sportifs, et non à partir de facteurs économiques, sous l’influence des lobbies des grandes nations, dans l’intérêt du pays organisateur et dans l’espoir d’accroître le succès populaire.

  • 1980: un classement établi sur les qualifications de 78 et 80 

Pour l’Euro 80, Sastre présente à la commission d’organisation un classement des huit équipes qualifiées, calculé sur leurs résultats lors des matches qualificatifs de la Coupe du monde 1978 puis du championnat d’Europe en cours. Les quatre têtes de série désignées seront bien les quatre équipes placées en tête de ce classement: l’Angleterre, les Pays-Bas, la RFA et l’Italie.

En obtenant que ce tirage au sort de 1980 soit organisé sur des critères clairement sportifs, Fernand Sastre espère que l’établissement du programme de la Coupe du monde de 1982, en Espagne, se fera sur les mêmes bases. Il en sera tout autrement. Mais il pense aussi au championnat d’Europe de 1984, dont la France va obtenir l’organisation en 1981.

Le tirage au sort de l’Euro 1984 se déroule le 10 janvier, à Paris. Les 8 qualifiés sont répartis en deux groupes. Le règlement du championnat stipule que ces deux groupes seront « formés, par la commission d’organisation, avec des têtes de série comprenant l’équipe de l’association organisatrice et les équipes choisies en fonction des résultats obtenus par les huit équipes finalistes lors de la phase préliminaire de la Coupe du monde précédente et du championnat d’Europe en cours. »

Fernand Sastre (à g.) au côté de la ministre des sports, Edwige Avice et du président de l'UEFA, Jacques Georges

Selon ces critères, le classement est le suivant, la France n’étant pas concernée :  1. Espagne, 2. RFA, 3. Yougoslavie, 4. Belgique, 5. Danemark, 6. Roumanie, 7. Portugal.

Ce classement n’est pas exempt de reproches. Certains observateurs dénoncent le fait que l’Espagne s’est vu octroyer le nombre maximal de points possibles au titre du Mundial 82 dont elle était le pays organisateur. Ils notent qu’à l’inverse, le classement dessert la Belgique. Sa place de finaliste de l’Euro 80 ne lui rapporte aucun point, alors que le titre de champion sortant a valu à la RFA une place de tête de série.

Avant le tirage, la France et la RFA savent déjà où elles joueront. Aucune d’elles ne reçoit l’avantage, fréquent lors des Coupes du monde, de jouer ses matches dans le même stade. Deux autres équipes, l’Espagne et la Yougoslavie, sont considérées comme autres têtes de série.

  • Conjuguer rigueur sportive et intérêt national ?

A part le léger privilège accordé à la RFA, aucun illogisme important n’est apparu. Dans « L’Equipe » du 10 janvier, on lit:

« Des critères sportifs même imparfaits valent mieux que les trafics d’influence auxquels nous avons trop souvent assisté. Et le président de la FFF, qui a tellement lutté en faveur de ces critères, a raison de souligner qu’en France, pour la première fois, aucune équipe ne sera avantagée puisque toutes les huit devront disputer leurs trois premières rencontres sur trois terrains différents. Notre pays a donc, malgré tout, donné l’exemple. Même s’il s’est rendu compte à l’usage combien il était difficile de conjuguer rigueur sportive et intérêt national. »

Les principales critiques à l’encontre du système mis en place viendront d’Allemagne, pourtant pas désavantagée par lui. Le président de la Fédération ouest-allemande, Hermann Neuberger, déclare:

« Je ne trouve pas cela normal d’oublier de nouveau la Belgique. Les critères prétendument sportifs d’après lesquels les têtes de série ont été désignées sont fortement contestables puisqu’ils ne tiennent guère compte des résultats dans les phases finales des compétitions. L’UEFA devrait très vite changer son règlement dans ce domaine-là. »

La presse allemande relève que l’équipe de RFA a dû obtenir le soutien des dirigeants tchécoslovaques et bulgares pour qu’elle soit choisie comme tête de série. Fernand Sastre est accusé d’avoir utilisé une arithmétique bizarre et d’avoir cherché la petite bête.

Le commentaire de « L’Equipe » (11 janvier 1984) à la suite de ces critiques fait allusion aux précédents des Coupes du monde: « Peut-être n’a-t-on pas pardonné, en Allemagne, au président français, d’avoir entamé le monopole qui permettait à nos cousins germains de faire la pluie et le beau temps dans les tirages au sort de jadis? »

Didier Braun

Publicités