Archives de Tag: Ajax

Le grand Ajax était-il une grande équipe offensive ?

A quarante ans de distance, l’Ajax Amsterdam, vainqueur de trois Coupes d’Europe des champions successives, en 1971, 1972 et 1973, reste comme l’équipe de club qui a révolutionné le jeu de football à cette époque.

On pourrait croire que l’équipe néerlandaise, entraînée par Rinus Michels puis par Stefan Kovacs, a fait l’unanimité. Ce n’est pas tout à fait le cas.

En France, la presse a pour l’essentiel fait l’éloge du jeu de l’Ajax. Un seul exemple avec cet extrait de l’éditorial de l’hedomadaire « France-Football » du 6 juin 1972, quelques jours après la victoire symbolique de l’Ajax sur l’Inter Milan « bétonnant » (2-0), en finale de la Coupe des champions:

« La finale de Rotterdam a mis aux prises l’équipe européenne la plus en avance en matière d’évolution du jeu, Ajax,  et une équipe italienne fidèle du  »catenaccio » le plus strict, l’Inter. Le contraste des deux styles et des deux méthodes fut passionnant à observer. Ajax, parvenu au sommet du football européen, poursuit son rêve d’un  »football total », caractérisé par la participation de chaque joueur à tout le jeu, offensif et défensif, et par la disponibilité de chaque joueur à chaque moment. »

  • Les réserves du « Miroir du football »

Le même jour, paraît le « Miroir du football », journal militant intransigeant du jeu offensif. On pourrait le croire enthousiaste, après la victoire d’Ajax sur cet Inter qui symbolise, aux yeux du journal de François Thébaud, l’anti-football absolu. Cependant son article, titré « Ajax champion d’Europe – une victoire du football, mais… », émet deux réserves sur la volonté offensive de l’équipe néerlandaise:

« la victoire d’Ajax, bien qu’acquise sur le score sans bavure de 2-0, fut moins significative que celle du Celtic sur l’Inter (2-1) en 1967 et que le triomphe du Brésil sur l’Italie de 1970. Le Celtic et le Brésil effectuèrent une lumineuse démonstration du moyen tactique à employer pour démanteler le béton ».

Thébaud démontre la supériorité de l’apport des arrières latéraux du Celtic (Craig, Gemmell) et brésilien (Carlos Alberto), sur celui des défenseurs d’Ajax (Suurbier et Krol).

Pour le journaliste,  « Ajax n’est pas encore une incarnation achevée du jeu offensif. Certes, on a déjà vu cette équipe bien ou très bien jouer offensivement. Mais, sur terrain adverse, elle a fait des concessions assez sérieuses au jeu défensif. » Sous la plume de Thébaud,  cela a valeur de critique sévère.

La saison suivante, Ajax continue sur sa lancée. L’équipe néerlandaise est à son zénith le 7 mars 1973 quand elle  bat le Bayern Munich 4-0. « Royal et intouchable », titre « L’Equipe » du lendemain. Le 31 mai suivant, elle remporte sa troisième Coupe des champions (Ajax-Juventus, 1-0).

  • L’exemple à ne pas suivre ?

C’est dans cette période que François Thébaud écrit un éditorial, dans le « Miroir » du 4 avril, intitulé: « Les limites d’Ajax », dans lequel sont remises en cause les vertus offensives de l’équipe d’Amsterdam:

« Plus offensive que la plupart de ses adversaires, l’équipe d’Ajax n’est cependant pas un exemple d’équipe offensive, car à l’extérieur elle n’hésite jamais à sacrifier délibérément au style défense renforcée-contre-attaque, et même à domicile les replis prématurés de ses défenseurs interdisent la permanence de l’offensive. »

Après un paragraphe très critique à l’égard de Johann Cruyff, considéré d’abord comme un « physique », la conclusion de l’édito est rude:

« Il apparaît que la supériorité indiscutable d’Ajax s’exprime dans un contexte de nivellement général des valeurs par le bas. Et ce n’est pas son deuxième match contre le Bayern qui nous incitera à réviser notre jugement et à proclamer que nous avons assisté à la naissance d’une grande équipe. »

  • « La fin du mythe »

Le 7 novembre 1973, le règne européen d’Ajax prend fin à Sofia. Le triple champion d’Europe est éliminé en 8e de finale par le champion de Bulgarie, le CSKA (1-0 et 0-2). Le « Miroir du foot » du 15 novembre titre: « La fin du mythe Ajax ».

40 ans plus tard, le mythe n’est pas mort. Et ses nostalgiques n’en reviendront sans doute pas que les mérites de « leur » grand Ajax aient pu être appréciés avec autant de parcimonie par un journal qui fut considéré comme la « bible » d’une génération de footballeurs.

Didier Braun

Publicités

Le triplé d’Ajax en Coupe d’Europe

  • Le 2 juin 1971, Wembley, Ajax Amsterdam bat Panathinaikos, 2-0. Buts: Van Dijk (5e), Kapsis (87e, c.s.c.). Certaines sources accordent ce but à Haan.

L’équipe d’Ajax: Stuy – Neeskens, Vasovic (cap.), Hulshoff, Suurbier – Rijnders (Blankenburg, 46e), G.Mühren – Swart (Haan, 46e), Van Dijk, Cruyff, Keizer. Entraîneur: Rinus Michels.

  • Le 31 mai 1972, Rotterdam, Ajax Amsterdam bat Inter Milan, 2-0. Buts: Cruyff (47e, 78e).

L’équipe d’Ajax: Stuy – Suurbier, Blankenburg, Hulshoff, Krol – Neeskens, Haan, G.Mühren – Swart, Cruyff, Keizer (cap.). Entraîneur: Stefan Kovacs.

  • Le 30 mai 1973, Belgrade, Ajax Amsterdam bat Juventus Turin, 1-0. But: Rep (4e).

L’équipe d’Ajax: Stuy – Suurbier, Blankenburg, Hulshoff, Krol – Neeskens, Haan, G.Mühren – Rep, Cruyff (cap.), Keizer. Entraîneur: Stefan Kovacs.