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Que retiendra-t-on de Socrates ?

L’ancien international de football brésilien Socrates est décédé le 4 décembre 2011, à 57 ans. Que retiendra-t-on de lui d’abord ? Qu’il fut un grand joueur ou qu’il fut un cas très rare de champion ayant un engagement politique dans le cadre de son activité sportive?

L'hommage des joueurs des Corinthians à Socrates

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La carrière du joueur a été abondamment relatée. C’est celle d’un des grands artistes du football brésilien des années 1980, la seule décennie depuis un demi-siècle pendant laquelle le Brésil n’a pas gagné de Coupe du monde. Le jeu de Socrates est connu.
Le souvenir en serait-il aussi sublime s’il n’avait pas été, dans le cadre de son club, les Corinthians,  un spectaculaire militant de la démocratie sous le régime de dictature qui a dirigé le Brésil, de 1964 à 1985 ? 
Pourquoi vous souvenez-vous de Socrates ?
Pour son talent de footballeur ?
Pour activité militante ?
 
Lire:
 
 
 
 
 
 
 

Socrates

  • Brasileiro Sampaio de Souza Vieira de Oliveira, SOCRATES.
  • né le 19 février 1954 à Belem (Brésil).
  • Mort le 4 décembre 2011 à Sao Paulo (Brésil).
  • Milieu de terrain offensif.
  • Clubs: Botafogo Ribeirao Preto (1974-1978), Corinthians (1978-1984), Fiorentina (1984-1986), Flamengo (1986-1987), Santos (1988-1989), Botafogo Ribeirao Preto (1989).
  • Palmarès: champion de Sao Paulo en 1979, 1982, 1983; de Rio en 1986.
  • 60 sélections (22 buts marqués) en équipe du Brésil, de 1979 à 1986. 

Socrates: Ce faux lent voyait vite

Ceci est l’article paru sur le jeu de Socrates dans « L’Equipe » du 5 décembre 2011.

Avec Socrates, le vieux dogme qui voudrait que les joueurs petits sont forcément techniques, et les géants, nécessairement physiques, en prend un coup. Dans ce jeu, les vérités sont multiples. Socrates mesurait 1,93m et les mini-shorts à la mode des années 80 lui allongeaient encore les jambes. «  Mes jambes sont trop grandes et mes pieds trop petits « , a-t-il dit un jour. Sa morphologie ne l’a pas empêché de devenir un des plus beaux joueurs de ballon des années 80, que Paris découvrit lors du France-Brésil de 1981 (1-3), dans lequel il réussit un bijou de lob sur Castaneda, sur une passe de Zico, ce petit qui allait si bien avec ce grand.

Son allure chaloupée de feinteur immobile donnait au jeu de Socrates une apparence de lenteur. Il courait certes moins vite que ce ballon qu’il faisait vivre avec tant de justesse (ses admirables passes de l’extérieur…), le plus souvent à peu de distance, car ce grand type choyait le jeu court. De là-haut, il était aussi la vigie de l’équipe de Télé Santana, partant de loin, voyant loin et anticipant sur la tactique à suivre, ce dont il raffolait. Le docteur en médecine l’était aussi en stratégie du jeu.

Les résultats internationaux n’ont pas rendu justice à celui qui la réclamait pour le peuple, un bandeau sur le front. Ce Brésil qui enchanta le monde ne gagna rien, ni Copa America, ni Coupe du monde. Au Mundial espagnol de 1982, il avait survolé le tournoi jusqu’au moment où il se cassa les dents sur l’Italie du triple buteur Paolo Rossi. Au Mexique, quatre ans plus tard, un Brésil à peine changé, avec un Socrates moins en évidence, marcha sur les traces de sa devancière de 1970 pendant quatre matches (quatre victoires, neuf buts marqués, zéro encaissé), plus 41 minutes du cinquième – le légendaire France-Brésil du 21 juin, jusqu’à l’instant où Platini mit les équipes à égalité (1-1) pour l’éternité moins les tirs au but.

Alors, l’ombre descendit sur le stade et Socrates s’éteignit. Manque de chance, c’est lui qui donna à Zico le conseil de tirer son penalty (73e minute) sur la gauche de Bats, où le gardien français alla le chercher. Pire, ce fut Socrates qui fut chargé du premier tir au but de la terrible épreuve. S’arrêtant sur sa jambe d’appui, il frappa sur la droite de Bats, en force. Le Parisien alla le chercher aussi. Ce fut le dernier geste du docteur aux longues jambes en équipe de Brésil. En ce triste jour, on le reprocherait presque au gardien français.

Didier Braun